Farfalino

Blog personnel de Farfalino, un informaticien photographe, gay, à moitié italien, à moitié français, ... Vous y trouverez mes coups de coeur, mes coups de gueule, mes coups de blues. Vous pourrez regarder mes photos, et certaines de mes nouvelles. Si vo

30 avril 2007

L'étincelle

Ma modeste contribution au concours de nouvelles de Têtu contre l'homophobie. Je ne suis pas vraiment sûr que cela cadre bien avec cette action. C'est pour moi un des premiers textes d'un ensemble que j'espère plus vaste. La fin du texte induit une suite qui ne sera pas celle qu'on peut imaginer au prime abord.

L'étincelle

« Cher Daniel,
Tu dois être surpris d’avoir une lettre de moi. Après ce long week-end de garde à l’armurerie, avec ce qui s’est passé, je me suis dit qu’il était temps de te dire à quel point je t’aime.

Dès le premier jour de l’incorpo, tu m’as conquis tout de suite, toi le plus beau, le plus drôle. J’ai tout de suite aimé tes yeux, ta bouche, tes muscles de plus en plus fort. Depuis le début des classes, tu es dans tous mes rêves … »

Une ombre masqua l’éclairage maladif dispensée par l’ampoule faiblarde de la chambrée du 43 ième régiment d’infanterie. L’auteur, concentré, assis sur le bord de son lit, le stylo à plume de sa communion à la main, déversait son tendre aveu d’une écriture irrégulière presque enfantine sur un beau papier texturé. Il sursauta comme un enfant pris en faute. « Alors Giaï El, on écrit à sa fiancée ? » lui lança la montagne de muscles en treillis qui cachait son pâle soleil artificiel. Le ton était moqueur car, contrairement à ces camarades de conscription, Jean-Louis n’écrivait jamais à personne, pas même à ses parents. « Maurice, occupe-toi de tes oignons ! » L’appelé interpellé, rouge comme une tomate, avait répliqué d’un ton qui lui était inhabituel, plus agressif qu’il ne l’aurait voulu. Il mit le capuchon sur le stylo et chercha d’une main l’étui posé à coté de lui sur la couverture kaki règlementaire.

Sans qu’il n’ait eu le temps de réagir, plus souple et plus rapide que ne le laissait supposer sa stature, Maurice fondit sur la lettre comme un rapace sur sa proie pour voracement s’en emparer. « Rends-moi ma lettre tout de suite, ou je te fous mon poing sur la gueule » cria Jean-Louis, debout, droit, foudroyé. Il était lui-même loin d’être un gringalet, les travaux de la ferme de son enfance lui avaient charpenté un corps solide et noueux. Papier et stylo se répandirent sur le sol. « Donne-là je te dis ! » L’ordre claqua dans le vide, Maurice commença à déchiffrer.

Le teint de l’importun indiscret devint violacé et, d’un coup d’épaule vigoureux, projeta sur le lit un Jean-Louis qui s’avançait menaçant. « Putain t’es une pédale ! J’en reviens pas ! ». Complètement abasourdi, il continua à lire la lettre. Jean-Louis tenta de se jeter sur lui mais il esquiva et lui plaça un coup de poing dans le plexus solaire. Le souffle coupé, Jean-Louis se plia en deux. « Tapette ! » grogna Maurice puis il lança dans le couloir voisin «  Et les gars ! Venez voir Giaï El, c’est une tante ! ». Trois hommes du même gabarit imposant passèrent la tête. Maurice mit la lettre sous le nez d’un entre eux, un rouquin poupin aux yeux verts irlandais. « Tiens, Poil de Carotte, je crois que ça te concerne ! ».

Le dénommé lut attentivement la lettre. Ses tâches de rousseur se noyèrent dans une mer de sang. Il bondit dans la pièce. Jean-Louis était à nouveau debout mais il fut cueilli aussitôt par un formidable coup de pied dans les parties. « Lopette ! Tarlouze ! Pédale ! Tu me dégoûtes ! J’ai la gerbe ! Rien qu’à t’imaginer en train de … ha putain de salope ! ». La dernière injure fut ponctuée par un crachat. « Daniel , excuse, … » tenta d’articuler Jean-Louis agenouillé par la douleur.

Dans un souffle, il déclara d’une voix hachée « Excuse-moi, je ne voulais pas qu’ils le sachent ». Pour toute réponse, Daniel lui porta un autre coup mais Jean-Louis esquiva mettant à profit leur entrainement succinct. S’en fut alors une vive mêlée entre les deux garçons sans qu’aucun ne puisse prendre le dessus. Maurice ferma la porte de la chambrée et, accompagné par des deux autres acolytes, rejoignit les deux combattants.

« Putain je dois le faire taire cette fiotte ! Qu’est-ce qu’il croyait ? Que parce que je l’ai laissé me sucer je suis une grosse tapette comme lui ? Ce taré ! Moi je pensais à une bonne salope à gros seins. Ca va se savoir maintenant que la tantouze en pinçait pour moi. Je connais une paire de bidasses qui vont me charrier. Ils vont croire que j’en suis une en plus ! Tapiole ! Tiens prends ça … et ça … Voilà pour ta lettre de dégénéré ! Et un coup de genou dans le bide pour t’être fait prendre ! Enfoiré de pédé ! Tu mériterais que je te crève ! »

Daniel frappait fort et martelait chaque pensée par un coup. Son attrayant visage était déformé par une grimace animale et sauvage, presque simiesque. Tenu solidement par les deux sbires, Jean-Louis, sonné, encaissait impuissant tout en l’implorant du regard. Maurice, goguenard, se contentait d’encourager Daniel verbalement.

Jean-Louis tenta de se débattre à nouveau. Son instinct de survie lui commanda d’hurler et d’appeler à l’aide. Maurice passa alors derrière lui, le bâillonna avec sa main calleuse et l’enserra dans une clef parfaitement exécutée, le lieutenant l’en aurait félicité. « Mais c’est qu’elle se défend la tapette ! » ricana-t-il avec une voix efféminée.

« Attendre … attendre qu’ça s’passe … penser à aut’ chose. J’ai l’habitude avec mon pater. Ca fait presque pas mal, le lieutenant va venir, ils vont me lâcher, je vais aller à l’infirmerie, loin de ces connards et de ce salopard de Daniel. Je me suis bien trompé sur lui ! Je n’aurais pas du lui faire une pipe, je n’aurais pas du lui écrire cette lettre, j’aurais du empêcher Maurice de lire la lettre. Tout ça c’est de ma faute. J’suis qu’un pauvre naze. Attendre, penser à aut’ chose. C’est bientôt fini, ça va passer. »

Chaque coup lui en rappelait un autre, donné par son père, il y a deux ans quand il l’avait découvert dans les bras de ce beau garçon de ferme italien. Les mêmes mots, les mêmes coups, les mêmes douleurs, la haine d’un père bafoué en plus. Il n’en mourrait pas, il avait déjà survécu une fois. Ce ne serait bientôt qu’un mauvais souvenir. Il s’accrocha à cet espoir. Quand Maurice eut une idée …

« Je n’aime pas les pédales. Ce sont des vicieux. Je n’ose même pas imaginer qu’est-ce qu’elle pensait cette pédale en nous matant dans les douches ou dans la chambrée. C’est dégueulasse. J’en ai mal aux tripes. C’est comme le cureton qui nous tripotait après le catéchisme. Salaud ! Combien de gamins tu as tripoté, toi, Giaï El, la pédale ? C’est dégueulasse. J’ai envie de te détruire à l’intérieur pour que tu ne penses plus à frétiller de la queue. Je n’aime pas les pédales. Avec tes airs de faux-jeton, tu devais rêver de te faire défoncer par Daniel, ou par moi, ou n’importe quel mec qui en a une bien dure. C’est dégueulasse. Alors, je vais te casser le cul, te péter la rondelle ! Je vais te faire passer tes envies ! On fait moins le fier le cul à l’air. Tu vas regretter d’être une sale pédale. »

L’indicible se produisit. Le cri de douleur de Jean-Louis s’étouffa dans la paire de chaussettes qui lui emplissait la bouche. Prier de toute son âme que cela cesse. Attendre. Ne pas penser. Ne pas sentir le déchirement des chairs délicates. Etre soulagé quand cela s’arrêta. Reprendre sa respiration pour replonger avec effroi dans le tumulte douloureux de cette chevauché sauvage.

« ‘tain le pov’ Jean-Louis ! Qu’est-ce qu’ils lui mettent ! Quelle raclée ! C’est bien fait ! c’t maboule aurait du garder cho pour li … comme mi’zaute. J’ai jamais rin dis. Aucun de ses troufions pinsent qu’mi, Gérard, j’aime les mecs. J’veux nin que ça se sache, mi. Ch’suis trop péteux. Ma mère en claquerait. L’maboule s’est fait prindre! Mais, si Maurice avait pas lu la lette, Daniel l’aurait dérouillé pareil ! Quel nig'doul c’Daniel ! Chui su qu’il s’est passé un bazard entre eux et qu’il ne l’a pas digéré. Mi’z’aute, j’préfère aller dans les bos, et d’aut’coins que j’connais bin. Là-bas, au moins, ch’ti’z’aut’ sont comme mi. C’te gnognotte, cha lui apprendra d’avoir écrit ! Le v’là, su’ l’ vinte, avec Maurice puis Daniel qui l’ont infournaqué. Voilà, mi, j’vais être obligé de faire comme eux, pour pas faire le drôle, pour pas être infournaqué comme c’te babache. Belotte, re-belotte et dix de der ! Jean-Louis, tu as tout gagné à faire ton bénache ».

Maurice et Daniel cédèrent la place à Gérard sur un Jean-Louis qui ne réagissait plus, à leur grand désappointement, depuis longtemps. Daniel crut lire une grimace de dégoût sur le visage de Jean-Pierre, le dernier de la bande.

« C’est dégueulasse ce qu’ils lui font ! Lui casser la gueule histoire de lui montrer qu’on n’est pas des pédés, j’veux bien. Mais ça ! … Je n’arriverais jamais de toute façon. Je n’aime pas les mecs. Et puis tout ce sang, j’aurais l’impression de baiser ma bourgeoise les jours d’amour fériés. Il n’a pas mérité ça, chacun fait ce qu’il veut avec son cul. Il s’est trompé d’amoureux le con. Je me demande comment il va s’en sortir. Je préfèrerais crever si ça m’arrivait. Bon aller, Gérard termine –toi vite … c’est immonde. Qu’est-ce qu’on va prendre par le lieutenant … On va nous coller au trou, … enfin, façon de parler. Connard de Maurice ! Il n’aurait pas du faire ça ! On n’est pas près d’avoir la quille et ma Céline va devoir encore attendre. Merde ! ».

« Arrêtez tout de suite ! ». Dans l’embrasure de la porte s’encadrait un homme très grand, très fin avec un regard d’aigle. Gérard se rhabilla rapidement, tout penaud, avec une mine contrite qui lui allongeait le nez et faisait grandir les oreilles. Maurice, Daniel et Jean-Pierre lâchèrent Jean-Louis qui retomba dans une posture grotesque, allongé sur le ventre, le torse sur le lit, la croupe offerte de manière indécente, le sommet barbouillée d’un sang brillant sous la lumière chétive du plafonnier.

Les yeux de Jean-Louis se fermèrent, enfin. Il n’avait pas eu le soulagement de s’évanouir, il avait tout ressenti.

***

« Je suis un monstre, je ne devrais pas vivre ». Cette pensée fut la première qui jaillit de la conscience meurtrie de Jean-Louis. « Mon père a raison, je suis une erreur de la nature ». Son corps n’était plus que douleur et de la lave en fusion semblait se déverser de son fondement. Il gisait là, seul, à l’infirmerie, dans une semi-pénombre à peine éclaircie par la veilleuse au-dessus de son lit. Un silence de mort régnait dans la grande salle alors que ses pensées hurlaient et revivaient l’horreur qu’il venait de subir.

« Je suis un monstre, je ne devrais pas vivre », les mots ricochaient et fracassaient son être avec la violence d’une mitrailleuse sur des villageois sans défense. Chaque élancement du bas de son dos était un obus de mortier qui mettait son âme en charpie.

Il ne pleurait pas. Aucune larme ne pourrait éteindre le feu qui le dévastait. « Je suis un monstre, je ne suis pas un être humain. Dieu n’aurait pas du me faire naitre avec ces désirs là. J’aurais du être normal, aimer les femmes, leur faire des enfants. Pour avoir osé quémander de l’amour contre-nature me voilà, souillé, éventré, l’âme effacée. »

La porte grinça. La lumière crue et vive des néons se déversa sur le sage alignement des lits. La haute silhouette du lieutenant apparut. Jean-Louis ne tourna même pas la tête. Après s’être rendu à son chevet, il put constater les dégâts sur le visage tuméfié de la victime. Jean-Louis ne sembla pas le voir.

« Jean-Louis, vous m’entendez ? ». Il usait de son habituel ton de commandement, sec, dénué de toute compassion. Jean-Louis ne réagit pas. « Bon, vous allez tout de même écouter ce que j’ai à vous dire. Jean-Pierre Deulemer nous a tout raconté. Le conseil s’est réuni, vous êtes déclaré inapte au service militaire, vous êtes réformé P4. La rixe que vous avez déclenchée vous coûte assez cher pour qu’il n’y ait pas d’autres sanctions. Daniel Cousin et Gérard Gillaert feront 4 jours de forteresse, Maurice Morantin, le double en tant que meneur. Vous retournez chez vous dans huit jours. »

Le blessé ne réagit pas. Les mots devaient trouver leur chemin dans les méandres de son esprit torturé. « Avez-vous bien compris ? J’ai personnellement prévenu vos parents. Je suis resté discret. ». Jean-Louis tourna vers le lieutenant son visage défiguré par les bleus, et les bosses. Ses narines violacées frémirent.

Un œil était complètement fermé mais l’autre était bien ouvert. Une étincelle de folie, de haine et de sauvagerie embrasa son regard cyclopéen. Le lieutenant eut un sursaut de recul et fut pris d’un vertige. Il eut la préséance que telle une bête féroce, Jean-Louis allait se venger de ses agresseurs. Il perçut même quelques mots à peine esquissés sur les lèvres fendues.

« Je suis un monstre. Je vais les tuer tous. »

***

(ajout)

Une, deux, trois, quatre, cinq … Des mains, rudes, parcheminées, calleuses, alignèrent devant l’assiette de Jean-Louis cinq pilules de formes et de couleurs différentes. « Tiens, tes médecines » laissa tomber laconiquement son père.

Cela faisait 6 mois que Jean-Louis était enveloppé dans un brouillard cotonneux où il ne pensait pas, où il ne ressentait rien, et où rien ne l’atteignait. Une petite silhouette fantomatique, sa mère, lui versa trois louches de la soupe un peu claire du soir. Elles n’avaient ni saveur ni consistance.

Sa carapace chimique le protégeait des mauvaises pensées qui le traversaient à chaque fois que son esprit n’était pas occupé par les travaux abrutissants de la ferme. Des images et des sensations bien qu’amorties tournoyaient encore dans un kaléidoscope infernal : les viols successifs, les coups de son père, le lieutenant sortant en courant de l’infirmerie, le vol de la lettre, les coups de ses camarades de chambrée, la sanction du conseil qui l’avait finalement déclaré P5, atteint de maladie mentale, les deux mois d’hôpital spécialisé passés dans les hurlements des malades encore plus mal en point ... Son père l’en avait sorti par décharge car il avait besoin de ses bras même si son esprit n’avait pas été complètement guéri.

Jean-Louis avait perdu la trace de ses tortionnaires. Il ne connaissait pas assez de leur vie civile pour les retrouver et l’armée lui avait refusé l’accès aux registres. Ses projets de vengeance s’étaient alors évanouis dans la brume artificielle de la camisole pharmaceutique. Il ne pensait presque plus aux lentes tortures dont il se serait délecté de leur faire subir. En particulier, à Marcel … non à Maurice … Maurice ou Marcel ? Il ne savait même plus. Certaines cicatrices lui prouvaient la réalité des événements passés mais les noms et les visages se mélangeaient à d’autres dans une confusion mentale imprécise et douloureuse.

« Demain soir, on soupe chez les voisins. On va discuter. Il va falloir penser à l’avenir maintenant. Son père veut la marier. Il a de la terre, nous avons le bétail. » déclara son père entre deux gorgées bruyantes de soupe. Sa mère continua à laper silencieusement, le regard dans le vide, vers un ailleurs inaccessible. Elle réagissait de moins en moins à ce qu’il se passait autour d’elle. Jean-Louis l’avait retrouvée un peu plus ratatinée. Il l’avait même surprise à parler toute seule dans sa cuisine.

La voisine … son cousin … la grange … ses lèvres douces … le choc de la découverte de ses sentiments … il y a une éternité ... Comme il aurait aimé dire à cet enfant qu’il se devait d’être prudent dans ses émois, dans ses rencontres … Qu’était devenu ce premier amour ?

Une cuillère, puis une autre, une pilule, puis une autre. Tout oublier. S’engourdir pour ne pas exploser, pour étouffer le feu de la vengeance, pour ne pas faire voler en éclats les plans paternels, pour être un bon fils. Un jour, peut-être.

Posté par Farfalino à 13:40 - Mes écrits - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

    Je l'avais déjà lu par contre c'est étrange je ne suis pas certaine du tout que ce soit ici O_o Mais bon je lis tellement...

    Posté par domino, 08 mai 2014 à 17:46
  • L'étincelle

    Très, très belle ta contribution. C'est éblouissant et je me réjouis de la suite... C'est terrible la violence que l'homophobie peut engendrer. Tu l'as tellement bien exprimée et je te reconnais très bien en cela. Grand merci de ce très beau texte, même si tout cela est très dur, voire insoutenable. Ta connaissance de lêtre humain est extraordinaire.
    Bisous.
    Jean-Pierre

    Posté par Jean-Pierre, 02 mai 2007 à 16:18
  • Je te remercie pour cette appréciation.

    Posté par Farfalino, 03 mai 2007 à 07:32
  • J'ai pris ton texte superbe en pleine gueule. Je ne sais pas comment ça peut être apprécié par Têtu mais pour moi c'est fort et poignant.

    Posté par Arthur HIDDEN, 05 mai 2007 à 20:41
  • Je n'ai pas de nouvelle de Têtu. Merci de ce compliment. C'est sympa d'être passé.

    Posté par Farfalino, 06 mai 2007 à 01:30
  • L'étincelle (ajout)

    Superbe cet ajout, comme toujours. Un tout grand merci et à quand une suite ou un autre texte? Merci de tout coeur.
    Bien à toi.
    Jean-Pierre

    Posté par Jean-Pierre, 08 mai 2007 à 08:33

Poster un commentaire